Addendum

Nankin 1934 – Shanghai 1956

Guiqulaici 歸去來辭

Guiqulaici - Nankin 1934 (Audio)

Par Cheng Duqing 程獨清

Guiqulaici - Shanghai 1956 (Audio)

Par Chen Changlin 陳長林

Nankin 1934 – Shanghai 1956

 GUIQULAICI 歸去來辭

Qian Xuan 钱选 (1235-1305) - Guiqulaici 歸去來辭

Guiqulaici (Le retour de Tao Yuanming 陶淵明 au foyer) par Qian Xuan 钱选, 1235 – c. 1305 (Metropolitan Museum of Art, New York)

歸去來辭
陶淵明

歸去來兮! 田園將蕪,胡不歸? ⋯
⋯木欣欣以向榮,泉涓涓而始流。
羨萬物之得時,感吾生之行休⋯
已矣乎! 萬形宇內復幾時?
曷不委心任去留,胡為遑遑欲何之?
富貴非吾願,帝鄉不可期!
懷良辰以俱往,或植杖而耘耔。
登東皋以舒嘯,臨清流而賦詩。
聊乘化以歸盡,樂夫天命復奚疑。

JE SUIS DE RETOUR
Mélodie sur un poème de Tao Yuanming (365-427)

Je suis de retour!
L’herbe envahit mes champs, comment ne
pas rentrer!…
… Les arbres majestueux vont vers leur plénitude,
Et les petits ruisseaux commencent à s’emplir.
Bonheur de voir les choses venir en leur temps!
Douleur de voir ma vie s’en aller à son terme…
Hélas!
Combien de temps encore mon corps durera-t-il?
Je dois rendre mon cœur insensible à cela.
Mais comment ne pas être dans l’incertitude?
Que faire?
Je n’ai aucun désir de gloire ou de richesse,
Non plus que je n’aspire à quelque paradis.
Heureux au clair matin, je me promène seul,
Ou, de ma canne aidé, je m’en vais désherber.
Sifflant gaiment je monte à la butte de l’est,
Ou chantonne un poème auprès d’un clair ruisseau.
En toute liberté, je m’en vais vers ma fin,
Content de mon destin. Alors, pourquoi douter?

(Traduction, François Martin, in «Anthologie de la poésie chinoise» Bibliothèque de la Pléiade, 2015)

Ces extraits du tout début et de la fin du plus célèbre poème de Tao Qian, ou Tao Yuanming 陶淵明, traduisent bien la philosophie du grand poète qui quitte définitivement la carrière mandarinale pour devenir paysan. Le corps du texte décrit l’état d’esprit de Tao Yuanming à son retour au village, sa joie de revoir sa famille, de contempler son jardin et la nature avoisinante, de reprendre la culture de ses champs et… de boire son vin!

Ce poème, admirable en tout point, a été mis en musique pour qin et chant dès le 16e siècle et figure depuis dans de nombreux recueils de partitions.

La mélodie, Chen Changlin l’a entendue quand il était encore très jeune. Son père et lui s’amusaient alors, avec une belle complicité, à déchiffrer au qin chaque nouvelle découverte musicale. Cette fois-là, c’était «Gui qu lai ci», version instrumentale du poème de Tao Yuanming tel qu’elle figure dans un manuel publié en 1802. Souvent diffusée à l’époque par la radio du Guomindang, elle fut retrouvée plus tard par Chen Changlin et son père dans une brocante, sur un 78 tours publié à Nankin en 1934 .

Le musicien qui l’avait enregistrée, Cheng Duqing, un lettré de grand talent, musicien poly-instrumentiste, né à Shaoxing en 1894 et mort à Taiwan en 1956 en donne une interprétation qui traduit bien la beauté contemplative du poème.

Disque 78 tours, Guiqulaici par Cheng Duqing

Guiqulaici 歸去來辭 par Cheng Duqing 程獨清
Disque 78 tours publié à Nankin en 1934

Cheng Duqing jouant du Qin

Cheng Duqing jouant du qin

Guiqulaici 歸去來辭 (1934) · 05:17

par Cheng Duqing 程獨清, qin

En 1956, Chen Changlin, âgé de 24 ans est à Shanghai, Wu Zhenping, un des membres les plus actifs de la société de qin de la ville, fasciné par le talent du jeune musicien lui propose d’enregistrer le morceau pour Zha Fuxi et son équipe, en tournée dans toute la Chine pour enquêter sur l’état du qin. Wu Zhenping lui prête un bel instrument et l’accompagne même jusqu’au studio d’enregistrement de la radio. C’est sa voix qu’on entend au début du morceau. Ce précieux document figure maintenant dans le 7e CD de son anthologie.

Dans un chapitre de ses mémoires, notre musicien fait l’éloge de «l’apprentissage par les disques». Il dit, pour ce morceau, s’être directement inspiré de l’interprétation de Cheng Duqing. Sa version, est cependant loin d’être une copie servile, elle révèle au contraire une forte personnalité musicale. La superbe pulsation rythmique qui caractérise le jeu de Chen Changlin confère ici un «allant» appréciable à cette pièce autrement très paisible.

Guiqulaici 歸去來辭 (1956) · 04:17

par Chen Changlin 陳長林, qin