Addendum

En pensant à un ami (suite)

聲無哀樂 La musique n’a ni joie ni tristesse

Chen Changlin

陳長林

«Yi guren» par Chen Changlin (audio)

憶故人,陳長林 / 琴

Tempo

Tendances dans l’interprétation de «Yi guren»

EN PENSANT À UN AMI (SUITE)

聲無哀樂 · La musique n’a ni joie ni tristesse

«Quand des gens tristes écoutent cette musique, ils sont remplis d’affliction et de peine; le coeur brisé de chagrin, ils ne peuvent s’empêcher de soupirer de détresse.

Quand les gens heureux l’écoutent, ils sont comblés de bonheur et de joie et se mettent à danser en battant la mesure; captivés, rayonnants, ils sourient jusqu’à la fin du jour»

Ji Kang (223-262)

Cette constatation du philosophe, poète et musicien Ji Kang, figure à la fin de son «Éloge du qin». Il y reviendra plusieurs fois dans ses essais, notamment dans un long et brillant exposé philosophique intitulé «La musique n’a ni joie ni tristesse». Ce texte aurait certainement fait le bonheur d’Igor Stravinsky pour qui la musique est par essence impuissante à exprimer quoi que ce soit… si ce n’est elle-même (Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, 1962, Denoël‑Gonthier, coll. Médiations, 1971, pp 63‑64­).

Bas-relief des Sept Sages de la forêt de Bambou (Musée de Nankin) - Ji Kang

Ji Kang jouant du qin
(bas-relief des Sept Sages de la forêt de Bambou, Nankin)

Chen Changlin jouant du qin au Huang Shan

Chen Changlin jouant du qin aux monts Huang Shan

CHEN CHANGLIN

陳長林

De Chen Changlin qui depuis longtemps avait opté pour les cordes métal sur son instrument, je reçus, un jour d’été 1982, un petit paquet envoyé des U.S.A. où il s’était rendu pour des recherches à l’Université du Colorado.

C’était une cassette comportant plusieurs morceaux qu’il venait d’enregistrer sur son instrument monté depuis peu, oh surprise!, de cordes de soie!

Ces précieuses cordes avaient été offertes près de quarante ans plus tôt par Zha Fuxi à une amie, Madame Zhang Yunhe, grande spécialiste du Kunqu et amatrice de qin résidant aux Etats Unis. Madame Zhang ayant entendu le scientifique jouer son qin monté métal lui apporta aussitôt ses cordes de soie.

Parmi les pièces choisies pour cet enregistrement figurait une version de «Yi guren» assez proche en esprit de celle que jouait Cai laoshi. Sa forte pulsation rythmique et son absence de pathos, si souvent associé à cette mélodie, me charmèrent immédiatement.

J’ai récemment voulu réentendre cette version. Pour plus de sûreté, j’en ai d’abord fait faire une copie numérique. À ma grande joie, malgré son âge, la bande magnétique était encore intacte.

Cai laoshi interprétait «Yi guren» sans emphase, sans pathos, mais avec intensité. J’ai retrouvé le même esprit dans la version de Chen Changlin:

Yi guren 憶故人 · En pensant à un ami · 05:57

par Chen Changlin 陳長林 · Colorado University 1982, restauré par Cyril Harrison, Paris octobre 2020

TEMPO

Tendances dans l’interprétation de «Yi guren»

Parmi les nombreuses versions de «Yi guren» jouées au qin, deux tendances se dessinent nettement, deux façons assez différentes d’aborder le morceau: plutôt lente ou, au contraire, assez rapide.

Les représentants de la manière lente sont nombreux, à commencer par Gu Meigeng (06:51) et Zha Fuxi (06:20 – et 08:56 pour une version légèrement différente: «Dans la montagne vide, je pense à un ami»).

Les tenants d’une approche rapide sont plus rares, Cai laoshi (05:32) et Zhang Ziqian (05:43).

En duo qin xiao, le tempo de cette mélodie a tendance à ralentir. Plus on avance dans le temps et plus le morceau s’étire, pour aboutir à des versions aussi longues que celle de Wu Zhaoji et de Cheng Gongliang (entre 8 et 9 minutes, selon l’occasion).

Tablature de Yi Guren par Zhang Ziqian

Première page de Yi guren calligraphiée par Zhang Ziqian pour la revue de la société des amateurs de qin de Shanghai